Un club de strip-tease, une bouteille de Cabernet Shiraz donnée par un membre d’un gang de motards, une femme battue, un œil au beurre noir, des problèmes avec des policiers et ma voisine… C’étaient les ingrédients de la recette d’un beau gâteau qui s’appelle « migraine ». La vie n’est pas toujours rose… Et je déteste être un héros.
Mes amis m’ont invité pour fêter un petit accrochage dans un club de strip-tease. Bien que j’aime les filles nues, je n’aime pas trop les boîtes de cul sur scène. Les strip-teaseuses sont là seulement pour l’argent, la bière est chère et sa qualité est merdique, pis le propriétaire d’un club est habituellement un gros dégueulasse. Mais ce sont le décor et les clients qui me dérangent le plus. De plus chaque club est la copie conforme des autres clubs.
Il y a plusieurs types de clients ; de jeunes connards prétentieux, étudiants à l’université, qui se comportent comme s’ils n’avaient jamais vu une femme, les motards qui cherchent à exprimer leur puissance et les vieux messieurs qui restent la tête baissée en se souvenant de leur jeunesse. Mais la plupart sont des hommes de mon âge, des hommes célibataires entre 35 et 50 ans. Ils ont tous besoin d’une femme dans leur vie et je les comprends. (après tout, je suis pornographe) Mais à leur façon de regarder les femmes, on peut sentir leur désespoir comme si c’était une odeur.
Il y a quelque temps la rue Saint Lawerence était surnommée « La Main. » Il y avait une véritable explosion du nombre de salles de spectacle, de cabarets et de tavernes. Les clubs de strip-tease n’étaient pas seulement des boîtes de cul mais aussi des salles de spectacles de variété. La clientèle était vraiment mélangée, un bel échantillon représentatif de la ville. Même les femmes qui n’étaient pas strip-teaseuses, venaient au cabaret pour voir Lili St-Cyr, la reine du strip-tease. Quand je pense à l’époque de mon grand-père et aux clubs qui étaient sur la rue Saint Lawerence. Je ne peux que hausser les épaules et dire « Quelle déchéance. »
Je faisais de mon mieux pour profiter de la compagnie de mes amis. Heureusement après ma troisième canette de bière à 6 bucks à base d’urine canette de bière à base d’urine j’ai dû aller aux toilettes. C’est là que j’ai rencontré un vieux motard surnommé « Dirty ». Les chiottes réservées aux hommes sont un endroit où on ne parle pas beaucoup. Un pissoir hétérosexuel est toujours entre dégueulasse et stérile et nous les mecs avons l’habitude de laisser un urinoir vide entre nous et l’homme suivant. Je veux dire que quand Dirty a pris l’urinoir juste à côté de moi et m’a demandé si j’étais gai ; je me suis demandé s’il cherchait à me baiser ou me frapper.
- Je n’aime pas les femmes trop maigres, sans seins, sans poils pubiens et comme une poupée Barbie. Répondis-je. Pis, je crois que la canalisation du pissoir va directement aux fûts de bière.
- Ça c’est vrai ! Me répondit-il en souriant. Pis les Barbies y en a à la pelle et le propriétaire est si radin que c’est sa mère qui nettoie les toilettes. Il lui a demandé de faire le strip mais même moi je ne suis pas prêt à payer pour voir ça toute nue. Je suis venu ce soir seulement pour être avec mes amis.
Trente minutes plus tard, Dirty et moi avons quitté la taverne pour jouer aux échecs, boire du thé et fumer un chicha dans un salon de chicha. J’ai appris que sa petite fille est la propriétaire de ce salon et qu’ensemble ils ont fait un voyage en Inde pour raison de spiritualité comme des anciens hippies. Pis j’ai appris que mon nouvel ami comprend bien les échecs. Il a parié une bouteille de Cabernet Shiraz fabriqué en Inde et moi, j’ai misé un DVD de Yoga nu. Malheureusement, je ne suis pas un joueur doué mais Dirty m’a quand même donné le vin. Je ne sais pas ce qui s’est passé avec mes amis dans le club de strip-tease mais j’ai passé une très bonne soirée avec Dirty.
Le jour suivant :
Je suis allé au parc avec un sac de naans (pain indien), un peu de ghee (beurre indien), le livre autobiographique de Henri Charrière et ma nouvelle bouteille du vin. Hélas je n’ai pas beaucoup profité d’un après-midi bucolique en ville, mais au moins j’ai bu un verre de cabernet avant le dérapage. Il y avait une famille dans le parc ; un père, deux enfants (une fille et un garçon) et leur mère. J’ai pensé que les gamins avaient entre 4 et 6 ans et la mère environ 25 ans. Mais le père avait clairement 40 ans ou plus et j’ai vu qu’il faisait peur à toute sa famille. Pis il était en train de gueuler sur sa femme.
J’aurais pu chercher un autre banc public pour m’installer. Mais comme un voyeur pervers, j’étais collé à mon siège et je regardais ce spectacle. J’ai entendu pas mal de mots comme, « salope » « pathétique » et « sale plotte ». Pendant ce temps les enfants essayaient de jouer avec une balle mais le garçon, le plus âgé, essayait de surveiller sa mère. Pis la fille a discrètement pleuré. C’est seulement quand l’homme cracha sur sa femme et leva la main pour la menacer que je décidai de m’interposer.
« Fuck » j’ai chuchoté en me demandant pourquoi je n’avais pas cherché une autre place pour m’installer. J’ai vidé ma bouteille sur le sol. L’homme était beaucoup plus costaud que moi et la bouteille serait une façon d’équilibrer le jeu. Laissant mes autres affaires sur le banc, je me suis approché de lui.
« Hé laisse la dame tranquille » j’ai dit et il m’a regardé avec mépris. Heureusement le bon dieu me voyait du coin de son œil car j’avais vu qu’il y avait une femme policier non loin de nous.
J’ai laissé tombé la bouteille à terre. Puis je me suis arrêté immédiatement devant le méchant. Mon idée était de le provoquer car si je pouvais attirer l’attention de la femme policier, ce monsieur serait leur problème et non le mien.
- C’est ta femme, j’ai dit, et pas un punching bag.
- Fuck you répondit-il, occupes-toi de ton cul.
- Fils de pute… T’es qu’une ordure qui bat sa femme et ses enfants. J’étais vraiment en crisse en disant ça.
Il a pris la main de sa femme. « C’mon c’est parti » Son but était de quitter le parc et de se débarrasser de moi. Hélas quand je joue les preux chevaliers, j’ai du mal à laisser faire une situation ou abandonner une femme. Surtout une femme avec enfants.
- Un pitoyable mal élevé ! C’est quoi les circonstances de ta conception ? Est-ce que c’est la condom de ton père qui a cassé pendant qu’il baisait ta plotte-à-crack de mère ?
Vlan !!!! Moins d’un instant après que ces mots soient sortis de ma bouche, il m’a frappé. Il m’a donné un bel œil au beurre noir et je suis tombé à terre. Quelques insultes et des coups de pied dans le ventre et les policiers sont arrivés pour me sauver. C’était probablement la première fois de ma vie que j’étais content de voir les flics. Ce mec était vraiment fort.
- Ça va monsieur ? Me demanda la femme flic. Oh, c’est vous.. notre fan numéro un. On doit donc tout faire dans les règles.
Inutile de dire que les policiers ne m’aiment pas trop et que je les déteste. Mais aujourd’hui ils sont un moyen de régler un problème. Ce n’est pas comme si j’étais un criminel… Après tout je n’avais commis aucun délit. C’est juste que je suis un peu bavard et que je crois que les porcs ne sont que des chiens.
Avec mon bon œil j’ai vu son équipier, un homme que j’avais croisé plusieurs fois dans les parcs et quand je faisais les poubelles. Il a l’air d’être un homme de la vieille école, honorable et respecté. Je lui ai fait signe de venir parler avec moi, pendant que la jeune policière appelait une ambulance pour moi.
- Je veux parler avec l’hôpital avant de prendre votre déclaration officielle. Il m’a dit.
- Monsieur, j’aimerais seulement que vous regardiez la femme et ses enfants, dis-je. C’est eux qui ont besoin d’assistance. J’ai dit.
Ses yeux ont percés les miens et j’ai su tout de suite qu’il avait compris la situation. « On a besoin d’une deuxième ambulance pour les enfants. Ils sont témoins d’une bagarre et ça pourrait les marquer psychologiquement… Madame vous pouvez aller avec vos enfants » En disant ça, il m’a tourné le dos pour parler avec mon agresseur et pour me donner un discret coup de pouce.
Après quelques heures, je suis finalement rentré chez moi.
Je n’ai rien cassé mais j’étais aveugle du côté gauche. Je me reposais sur mon canapé car c’était trop difficile de trouver mon lit. Pis j’avais mal comme si j’avais dormi sous les roues d’un train. Ma voisine Liza a frappé à la porte et j’ai répondu que c’était ouvert. Comme d’habitude, elle a commencé à me parler avant même d’avoir fermé la porte.
- J’ai foutu mon chum à la porte. Ça veut dire que nous pouvons passer une soirée sympa avec vin et popcorn. Pis je ne porte pas de culotte…….. Tabarnac !!! Qui a fucké ton visage ?! dit-elle en entrant dans le séjour.
- C’est une longue histoire. Répondis-je.
- As-tu baisé une femme mariée ? Demanda-t-elle.
- Non, j’ai sauvé une femme battue et ses enfants… Dirty, s’occupe d’elle. Pis sa petite fille avait un appartement disponible pour eux au-dessus de son salon de chicha. Dis-je.
- Qui c’est Dirty et sa petite fille ? Interrogea-t-elle.
- Dirty c’est mon nouveau ami. C’est un vieux motard. J’ai répondu.
- Donc… tu ne couches pas avec moi ce soir.
J’ai tourné la tête vers elle pour pouvoir la regarder avec mon bon œil. Sans que je dise un seul mot elle a simplement ajouté qu’elle allait chercher des glaçons pour mon œil. Malheureusement Liza et moi avons une relation plutôt sexuelle. J’ai appris tout de suite que quand elle ne fait pas l’amour, elle ne s’arrête jamais de parler. Elle a donc remplacé la douleur de mon œil par une très forte migraine.
